C'est une véritable bombe dans le domaine de la santé publique que vient de lâcher le 12e rapport de l'Observatoire national de la sécurité et de l'accessibilité des établissements d'enseignement.
Publié en exclusivité dès hier matin sur le site internet de L'Est Républicain, le rapport, qui sera rendu public ce matin, brise un tabou sur l'hygiène déplorable qui sévit dans les toilettes des écoles primaires. Et dont la non-fréquentation entraîne des conséquences en terme de santé : un enfant sur deux avoue avoir eu mal au ventre parce qu'ils n'avaient pu aller aux toilettes, un sur cinq souffre ou a souffert d'une infection urinaire, un sur sept de constipation aiguë. Tabou : le Nancéien Jean-Marie Schléret, président de l'Observatoire depuis 1994, prend le vocable volontiers à son compte, « car on sait que les enfants n'en parlent pas volontiers ni à leurs parents ni aux enseignants ».
Enfants très critiques
Alerté par le nombre croissant d'accidents dans les sanitaires à l'école, passés de moins de 300 en 2005-2006 à 340 l'an passé, l'Observatoire avait souhaité enquêter sur les installations, les conditions matérielles, d'hygiène et de santé pour les élèves. Via internet, il a sollicité les enseignants volontaires des CM1 et CM2 et leurs élèves, dont l'âge leur permettait de répondre de manière autonome. A la lumière d'un peu plus de 800 réponses d'établissements répartis sur 55 départements, e t de 25.000 questionnaires renseignés par les enfants, l'Observatoire, qui estime disposer d'un « panel significatif », a dressé un état des lieux accablant.
Dans plus d'un quart des écoles (29,5 %), il n'y a pas de blocs sanitaires séparés pour les filles et les garçons. Près d'un tiers (32,2 %) ne dispose pas de sanitaires dans les étages. Quatre sur dix seulement sont équipées d'un sanitaire accessible aux personnes handicapées.
Les conditions matérielles sont tout simplement déplorables : dans une école sur deux, les toilettes n'ont pas de balayettes, dans une école sur dix, il n'y a ni savon, ni essuie-mains ou sèche-mains ou serviettes en papier. Dans 5 % des écoles, les sanitaires n'ont pas de lavabos.
La moitié des écoles ne sont pas équipées de points d'eau en dehors des sanitaires.
Ce constat suffit à expliquer que seulement 43 % des enfants utilisent les sanitaires « régulièrement tous les jours » mais que 48,5 % ne les utilisent « qu'occasionnellement quand ils ne peuvent pas faire autrement ».
Echec scolaire
La remarque la plus fréquente des enfants concerne l'odeur « jugée mauvaise par près des trois quarts des élèves (72,9 %) ». Le manque de propreté est signalé par 57 %. Ils sont plus de la moitié (50,4 %) à juger les toilettes « peu accueillantes ». 14% avouent avoir « eu peur aux toilettes » (fermeture des portes défaillantes, voyeurisme des autres élèves).
L'Observatoire estime que s'il n'est pas possible de vérifier statistiquement le lien de cause à effet entre la non-fréquentation et les troubles ressentis par les élèves, les observations recueillies sont toutefois à rapprocher des études réalisées par le professeur Averous, uropédiatre au CHU de Montpellier. Ce dernier constate en effet « une recrudescence des consultations pour infection urinaire lors des périodes scolaires, d'années en années, 500 dans son service en 2004, 700 aujourd'hui ». Selon le professeur « il s'agit bien d'un problème de santé important à ne pas négliger car il est source de mal-être de l'enfant et parfois d'échec scolaire ».
Jean-Marie Schléret compte sur « une forte campagne de sensibilisation sur la prévention et l'éducation à l'hygiène qui concerne les enseignants, les parents, les municipalités ». Précisant, période oblige, « que les problèmes se retrouvent aussi bien dans les communes de gauche que de droite ». Mais « les mairies ne sont pas seules en cause. Il y a un vide administratif. Il n'existe pas de réglementation sur les caractéristiques des sanitaires » souligne Jean-Marie Schléret.
Inquiétant. D'autant que « le vrai problème de santé publique » soulevé en primaire, concernerait aussi collèges et lycées...