La Banque centrale européenne la main sur la gâchette
Fondée pour maintenir la stabilité monétaire dans la zone euro, la BCE s'inquiète du retour de l'inflation à 4%.
Après 3,7% en mai, l'inflation de la zone euro grimpe à 4% en juin a annoncé hier Eurosat, l'office statistique des communautés européennes, un niveau record jamais vu depuis le lancement de la monnaie unique au 1er janvier 1999. Même si la cause est bien connue (flambée des prix du pétrole et des produits alimentaires) et totalement étrangère à la responsabilité des 15 pays qui constituent la zone euro, la Banque centrale européenne, organisme indépendant fondé sur le modèle de la Bundesbank allemande pour assurer la stabilité de la monnaie, s'apprête à relever, sans doute lors de sa réunion de jeudi, son principal taux d'intérêt directeur. Il passerait de 4%, niveau arrêté le 6 juin 2007, à 4,25%. La BCE entend contrecarrer ainsi le début de surchauffe inflationniste dans la zone euro, au risque de freiner la croissance par ce tour de vis sur le crédit, et renforcer la solidité de l'euro, devenu en dix ans la deuxième monnaie de réserve du monde. Elle est en cela complètement dans le rôle qui lui avait été assigné à sa création en 1998 : réguler l'inflation annuelle de la zone euro « au dessous, mais à un niveau proche, de 2%, sur le moyen terme ». Le pic est à 4% cette fois... Pourtant, avant même que Jean-Claude Trichet, le président de la BCE, ne réunisse jeudi les gouverneurs des Banques centrales des 15 pays de la zone pour convenir du réglage monétaire à opérer sur l'euro, la France, pilote de l'Union européenne pour le semestre qui s'ouvre, vient une fois de plus de l'inciter publiquement à la plus grande modération.
Croissance contre inflation
Si le président Sarkozy a remisé son projet d' un gouvernement économique qui puisse faire contrepoids aux décisions autonomes et implacables de la BCE, pour se ménager la chancelière Angela Merckel, c'est sa ministre de l'Economie Christine Lagarde qui est montée dimanche au créneau : non, la France n'est « pas convaincue de l'opportunité d'augmenter de manière significative » l'écart entre les taux d'intérêt américains (qui sont descendus à 2% avec la crise des subprimes) et les taux européens. D'autant qu'« aujourd'hui on a un gros déséquilibre » déjà qui pénalise les exportations de la zone euro et donc la croissance des Quinze. Cela suffit amplement... Une fois de plus le divorce est prêt à éclater sur la place publique : d'un côté des responsables politiques qui recherchent la croissance maximum pour faire rentrer l'argent dans les caisses de l'Etat et le porte-monnaie des citoyens écorné par la vie chère. Et tant pis pour la monnaie (on se souvient des « dévaluations compétitives », cette spécialité française d'avant Pierre Bérégovoy...) De l'autre les grands argentiers de l'euro, sourcilleux des risques d'inflation car comptables de la stabilité de la nouvelle monnaie.
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La rédaction
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Jean-Claude Trichet, le patron de la BCE, devrait annoncer une hausse des taux d'interêts après-demain.
Photo AFP