L'Allemagne, qui a toujours voulu un euro solide comme son Deutsche Mark, aimerait aussi plus de croissance.
- Wolfgang Neumann, vous qui êtes politologue à l'Institut franco-allemand, les Allemands sont-ils derrière leur chancelière Angela Merkel, toujours inflexible à défendre la BCE face aux Français qui la critiquent ? - Les Allemands sont toujours de grands partisans de la stabilité monétaire qui avait si bien réussi à leur ancienne monnaie, le Deutsche Mark. C'est eux qui ont voulu que l'euro soit construit et défendu sur le même modèle. Et Angela Merkel y veille, qui n'aime pas du tout les attaques de Nicolas Sarkozy contre cette institution. Mais pour la première fois, ils sont aujourd'hui tiraillés entre cette exigence de stabilité de la monnaie, toujours quasi-religieuse ici, bien derrière Mme Merkel, et leur pouvoir d'achat. Car l'inflation vient comprimer aujourd'hui un pouvoir d'achat qui n'a pas progressé ici faute d'augmentation des salaires réels depuis des années : il a même nettement plus augmenté en France qu'en Allemagne durant la dernière décennie. - Vous voulez dire que le pouvoir d'achat est en train d'infléchir la religion des Allemands sur la monnaie ? - C'est un peu cela : il y a un débat qui se développe. Il y a une telle inquiétude sur le pouvoir d'achat que certains commencent à dire : « la stabilité de la monnaie, oui ; mais peut-être pas à tout prix ». La société allemande a bougé : la stabilité monétaire qui durant des années est passée au-dessus de tout est désormais moins sacrée... - Un exemple ? - La position de Peer Steinbrück, le ministre SPD des Finances, très orthodoxe quand il mène sa politique de stabilité et de lutte contre l'inflation avec serrage sévère de la vis pour tenir le déficit et freiner l'endettement du pays. Il dit aussi : attention à ne pas freiner la croissance économique déjà au ralenti avec cette hausse des taux . Car plus de croissance ce serait davantage de pouvoir d'achat. Cela a fait bondir son collègue Michael Glos, le ministre CSU de l'Economie qui désapprouve. Mais c'est un signe qu'au sein même du gouvernement de Mme Merkel il y a débat et que la position n'est plus aussi rigide derrière la BCE.
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